Nos spectacles

Joués dans plus de 1200 maisons de retraite, accueils de jour et hôpitaux de gérontologie, nos spectacles s’inscrivent dans une démarche théâtrale interactive.

C’est au travers d’une vraie histoire d’amour que la comédienne fait participer et réagir le public, puis naturellement elle rebondit sur les propositions qui sont faites. Ainsi la représentation, loin d’être vécue passivement, devient un moment chaleureux et créatif. C’est un spectacle très vivant, qui se modifie et évolue en fonction des représentations.

Au-delà du spectacle lui même, ce qui motive nos prestations sont les moments de partage, d‘échanges, et de communication avec les résidents.

L’essence même de notre démarche est d’offrir une réelle qualité professionnelle (jeux de la comédienne, décors, sonorisation, déroulé du spectacle, etc…), mais aussi une qualité de présence auprès de chacun des spectateurs. Pour nous les moments qui précèdent, ainsi que ceux qui suivent la représentation sont aussi importants que le spectacle lui-même. En effet, ils sont l’occasion de faire connaissance, d’échanges personnalisés, de partage d’émotions, de souvenirs…

Après douze années de présence auprès de ce public, nous pouvons aujourd’hui témoigner qu’une personne même très fatiguée ou diminuée peu participer si on s’adresse à elle de façon adaptée et aimante.

spectacle maison de retraite aiguemarine cie

Une émotion cela ne s’oublie pas

Ils ont droit à autre chose que de belles nappes !

Cartherine, comédienne qui joue des spectacles dans les maisons de retraite.

Du rose bonbon, une couleur qui n’existe plus dans leur vie. Les yeux fatigués des résidants de la maison de retraite des Jardins de Pantin, en Seine-Saint-Denis, se plissent, intrigués par le décor kitsch installé dans leur salle de restaurant Plus intrigués encore par cette grande bringue gracieuse, vêtue d’un tutu de tulle multicolore, qui virevolte de l’un à l’autre. « Vous vous appelez comment ? », demande-t-elle doucement à chacun. « Bonjour, Jeannine, Marie-Pierrette, Jacques… » A force d’être appelés par leur nom, certains résidants ont oublié leur prénom. La belle Lila prend le temps de sonder les mémoires affolées et retient, en moins de cinq minutes, l’ensemble des prénoms de la salle. « On va parler d’amour, de mon amour… » C’est le titre du spectacle, et c’est précisément pour ça, ce après-midi-là,que les résidants sont descendus, curieux. Une musique de cirque s’élève, Lila se fait applaudir. « Une minute d’applaudissements, on dit que ça vaut un mois de vacances. Est-ce que quelqu’un a envie de se faire applaudir ?» Une onde incrédule parcourt la salle. La proposition incongrue devient soudain étonnamment tentante… Marie-Thérèse, poussée du coude par sa voisine, lève la main. Et savoure, les joues rosés, une claque joyeuse nourrie par les autres. « On va rêver de vous » Lila ne vient pas seulement parler d’amour à la petite cinquantaine de visages qui la fixent cette fois en souriant franchement Elle les émeut, les touche, les regarde dans les yeux avec le regard qui pétille, ose évoquer leurs maris et femmes – morts souvent depuis longtemps – et termine le spectacle dans une somptueuse robe de mariée que les résidantes ne peuvent s’empêcher d’effleurer, bouleversées par l’avalanche des souvenirs.

Mi-clown, mi-danseuse, la comédienne Catherine Harnois et sa compagnie Aiguemarine , soutenus par la Région Ile de France, restaurent « l’humanitude », ce sentiment d’exister que perdent les vieillards qui ne sont plus touchés, écoutés, reconnus comme des êtres humains à part entière. « Une fois, un monsieur, ça faisait six mois qu’il n’avait pas parlé, explique-t-elle, très émue. Ce sont des choses comme ça qui m’encouragent Ces gens-là ont droit à autre chose que des belles nappes. Ils ont besoin d’émotion. Je le vois à la couleur de leur peau, ils rosissent, ils reprennent des couleurs… » Chose rare, aucun résidant n’a quitté la salle ou ne s’est assoupi. Simone sourit, regrette déjà « On va rêver de vous cette nuit. »

F.D.

Un spectacle interactif pour raviver la mémoire

Elle s’appelle Lila et ne se lasse lasse pas de raconter son histoire d’amour avec Jacquot Son public préféré,celui des maisons de retraites,des foyers pour personnes âgées et des hôpitaux de gériatrie. Lila,de son vrai nom Catherine Harnois, donne depuis quatre ans un spectacle unique en son genre. L’association Aiguemarine de Charenton assure des représentations interactives particulièrement adaptées pour les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer.

« J’arrive avant l’heure du spectacle, j’apprends les prénoms des gens. C’est plus facile ensuite pour les inciter à participer », souligne la comédienne.

Pas question pour elle de réciter un monologue. « Je saisis toutes les occasions pour les faire réagir, raviver leurs souvenirs. Comme on parle d’amour, je demande qui se souvient de son premier amoureux. Quand je me maquille, je leur fais choisir le rouge à lèvres…»

«Leur travail devrait être remboursé par la Sécurité sociale »

Le contact avec les personnes âgées l’incite également à revoir son texte en permanence. « Les gens me disaient, on ne voit pas Jacquot, c’est dommage ! » C’est ainsi que Jacques Meaudre qui œuvrait en coulisse se retrouve sur la scène à la fin,pour le mariage. La représentation terminée, Lila continue ensuite de discuter en portant toujours sa robe de mariée.

« Un jour une vieille dame m’a dit que son mariage s’était très mal passé, parce qu’elle n’avait pas envie de se marier. Peut-être qu’elle n’avait jamais raconté cela à personne. »

Pour Sylvain Siboni, psychologue à l’hôpital. Charles-Foix d’Ivry-sur-Seine, ce spectacle se rapproche de celui mené au forum Jean-Vignalou le centre d’animation thérapeutique de l’établissement. « Il provoque un déclic. Le texte de Catherine Harnois fait du bien à ce qui leur fait mal, la mémoire. Elle les relance, les questionne en donnant leur prénom. Curieusement, les gens nous en reparlent alors qu’en principe ils devraient oublier. » Mais Lila parvient à les émouvoir au point parfois de faire couler des larmes. « Une émotion cela ne s’oublie pas, rappelle Sylvain Siboni. On ne peut qu’encourager leur travail, il devrait d’ailleurs être remboursé par la Sécurité sociale. »

Hélène Breault